
Quand on parle de musique urbaine en Afrique de l’Est, certains styles sont déjà bien établis : le Bongo Flava en Tanzanie ou le Kinyatrap au Rwanda, par exemple. Mais qu’en est-il du Burundi ? Le pays a-t-il lui aussi développé une identité musicale urbaine propre ? La réponse est oui — même si elle est encore en pleine construction.
Il est important de noter que le Kinyatrap est propre au Rwanda et ne doit pas être confondu avec les styles burundais, malgré certaines influences communes.
🇹🇿 Le Bongo Flava : un style désormais incontournable
Né en Tanzanie, le Bongo Flava est un genre musical populaire qui mélange hip-hop, R&B, afrobeat et dancehall avec des textes principalement en Swahili. Reconnu pour ses paroles souvent engagées et son esthétique urbaine, le Bongo Flava s’est imposé comme un pilier de la musique d’Afrique de l’Est, influençant des artistes bien au-delà des frontières tanzaniennes.
🇧🇮 Et au Burundi ? Une scène en quête d’identité
Le Burundi n’a pas encore un genre musical urbain aussi codifié ou internationalement reconnu. Pourtant, le pays abrite une scène jeune, riche et en pleine effervescence, portée par une génération d’artistes talentueux et créatifs.
Buja Flava, Buja Fleva, Bujaflow… on s’y retrouve ?
Il existe aujourd’hui plusieurs termes pour désigner la musique urbaine burundaise, ce qui peut prêter à confusion. Voici les distinctions principales :
Buja Flava (ou Buja Fleva)
- Inspiré du Bongo Flava tanzanien, ce terme désigne la musique urbaine originaire de Bujumbura (surnommée affectueusement “Buja”).
- Apparue dans les années 2000, la Buja Flava regroupe des styles comme le R&B, l’afropop, le dancehall et le hip-hop, souvent chantés en kirundi, swahili ou français.
- C’est le terme historique qui a longtemps servi de référence pour parler de la scène urbaine burundaise.
- Des artistes comme Big Fizzo ou Sat-B en sont les représentants les plus emblématiques.
Bujaflow
- Terme plus récent et informel, utilisé pour décrire une nouvelle vague musicale portée par les jeunes.
- Caractérisé par un mélange de trap, afrotrap, hip-hop, et sonorités locales, le tout interprété avec un flow marqué en kirundi ou dans un style multilingue.
- Il ne s’agit pas encore d’un genre officiellement reconnu, mais plutôt d’une tendance émergente, en quête d’une identité propre.
Le “flow” du Bujaflow est souvent plus brut, plus urbain, plus proche de la réalité sociale des jeunes d’aujourd’hui.
Caractéristiques de la scène urbaine burundaise
Quel que soit le nom qu’on lui donne, cette musique made in Burundi se distingue par :
- L’usage fort du Kirundi, la langue nationale, qui renforce l’identité locale.
- La fusion de styles modernes (trap, afrobeat, R&B) avec des éléments traditionnels comme le tambour ingoma ou la inanga, un instrument à cordes traditionnel.
- Une diversité d’artistes qui explorent, expérimentent et affinent progressivement un son burundais unique.
Les artistes qui façonnent le son de Buja
Voici quelques figures clés de cette scène en évolution :
- Sat-B : mélange afropop et afrobeat, avec une forte identité nationale.
- Best Life Music : collectif afrotrap qui combine kirundi, swahili, français et anglais.
- Miss Erica : artiste R&B et afrobeat qui chante dans plusieurs langues et milite pour une musique inclusive.
- Elly’s Bwoy : nouvelle figure de la trap burundaise, influencé par les codes du hip-hop moderne.
- Big Fizzo : véritable pionnier de la musique urbaine au Burundi, toujours actif après deux décennies de carrière.
Une scène à suivre de près
Même si le Burundi n’a pas encore de genre musical “signature” aussi établi que le Bongo Flava ou le Kinyatrap, la scène urbaine burundaise est en plein essor. Entre Buja Flava, héritage musical des années 2000, et Bujaflow, expression contemporaine d’une jeunesse audacieuse, le pays est en train de forger sa propre voix musicale.
Il ne fait aucun doute qu’un style burundais distinct émergera dans les prochaines années, porté par la richesse culturelle et la créativité de ses artistes.
